mardi 16 août 2016

Etre prêtre ouvrier à Cuba au moment de la chute du mur de Berlin

Jean-Pierre Borderon est aujourd'hui prêtre de l’église Jeanne d’Arc du Carré Saint-Dominique à Nîmes. Il raconte son expérience de prêtre ouvrier à Cuba.

Pourquoi êtes-vous devenu prêtre ?
Mon père était aide-comptable et ma mère secrétaire de direction au Crédit Lyonnais. J'étais l'aîné de trois enfants. A neuf ans, j'ai eu un flash et c'est là que  j'ai compris que je devais être prêtre. J'ai étudié de la sixième à la terminale au Petit séminaire en Vendée. Nous étions mille enfants. A 16 ans, c'était clair pour moi, j'allais servir l'église. Et à 20 ans, j'ai reçu mon adoubement.

Vous avez souhaité évangéliser les classes ouvrières ?
Oui, je suis rentré en contact très jeune avec le monde ouvrier grâce à un prêtre ouvrier décédé aujourd'hui. Puis, je suis devenu prêtre ouvrier à mon tour.

Comment sont nés les prêtres ouvriers ?
A la fin de la première Guerre mondiale, les congrégations religieuses ont voulu évangéliser les banlieues. Les prêtres ouvriers travaillaient dans les usines au même titre que les ouvriers 60 heures par semaine. L'idée était de vivre en immersion. Ils étaient habillés en civil et aucun signe ne les distinguait. La vie était dure à l'époque. En France, il y avait une centaines de prêtres ouvriers. Puis ils ont été interdits dans les années 54, car certains d'entre eux s'étaient syndiqués. Dans les années 60,  nous étions environ 35 000 prêtres en France, dont 1 000 prêtres ouvriers.

Vous êtes allé en Algérie pendant la guerre ?
Après la 1ère Guerre mondiale, l'église et l'état se sont séparés. Les prêtres avaient la possibilité d'aller sur le terrain en cas de mobilisation. J'étais séminariste à l'époque. J'ai voulu faire mon service militaire. J'ai fais quatre mois en France puis 24 mois en Algérie. Nous étions 16 séminaristes, parmi les 3 000 jeunes envoyés sur le terrain. Les troupes n'étaient pas préparées au combat. Mon rôle là-bas, c'était de faire prendre conscience aux combattants de ce qui était en train de se passer, pour lutter contre les dérives.

Vous avez été ordonné prêtre dans les années 65 ?
En 62, je suis rentré dans la Congrégation des "Frères de la charité". C'était l'époque du Vatican II qui annonçait une plus grande ouverture de l’Église. J'ai fait un an de novicia pendant lequel je me suis retiré dans un monastère à Paris. L'objectif étant de réfléchir à ma rencontre avec Jésus-Christ et à mon engagement définitif. J'ai fait six ans d'études religieuses pour apprendre les bases de la théologie, la morale, l'histoire le l’Église, la psychologie, la pédagogie et étudier la bible. Puis, j'ai été ordonné prêtre à Saint-Sulpice  à la fin de mes études.

Comment avez-vous vécu les années 68 ?
Je travaillais à mi-temps dans une entreprise de nettoyage de 40 000 personnes. Je faisais partie de la l'association de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne fondée en 1925. C'était le moment des grands changements. Les gens étaient contents de ce grand souffle de liberté. En décembre 68, j'ai voulu aller à Cuba.

Vous êtes parti au Mexique puis au Brésil  ?
Trois cents prêtres sont partis d'Espagne vers Cuba. Fidel Castro a accepté de faire rentrer des prêtres belges, canadiens et français de la Congrégation des "Petits frères du Père de Foucault". Je suis parti en 69 pour Cuba, mais je n'ai pas pu y entrer et je suis resté 3 ans au Mexique. J'ai été accueilli dans une famille là-bas. Je faisais de l'animation pour la jeunesse et j'ai rencontré des prêtres pour parler du Vatican II. De 72 à 77, j'ai renforcé les équipes à São Paulo au Brésil. Je travaillais comme ouvrier électricien de maintenance pour trois usines. J'accompagnais les jeunes de la JOC clandestines. Puis je suis revenu un an en France pour souffler un peu et j'ai été le 19ème vicaire de Saint-Jean-Baptiste de Belleville.

Vous avez été envoyé à Cuba en 83 ?
Le Père Rodolfo Sanchez est décédé d'un accident de voiture en septembre 83 et j'ai été envoyé à Cuba pour le remplacer. Sur place, mon travail d'ouvrier consistait à contrôler l'arrivée de la marchandise dans les entrepôts. Et comme il  n'y avait pas de paroisses là-bas, j'aidais aussi les autres prêtres à former les laïques. J'étais aumônier à la Confrérie de la "Vierge de la Charité" qui comptait 500 fidèles sur 300 000 habitants. J'organisais des réunions pour prier la Vierge et réfléchir sur la Bible. En 95, j'ai été le correspondant pour le secours catholique. Et la visite de Jean-Paul II à Cuba en 98 a été un grand moment.

Comment s'est déroulée votre vie à Cuba pendant l’embargo ?
A Cuba, la population est chaleureuse et accueillante. Les ouvriers sont courageux. J'ai vu la décadence de l'Union Soviétique à travers les ravitaillements. Au début tout allait bien, puis il a manqué des boites dans les conteneurs que l'on recevait. Puis l'on s'est mis à recevoir des conteneurs avec des boites déjà ouvertes. Et vers les années 82-84, on ne recevait plus rien.

Avait vu ressenti un endoctrinement de la population à Cuba ?
Les enfants sont endoctrinés tout petit. Ils apprennent les attitudes types à adopter. Ils vivent en permanence avec des "masques". Les gens acceptent tout. Ils sont formés pour obéir. Un jour, on a demandé a une religieuse cubaine ce qu'elle voulait tout simplement faire. Mais c'était la première fois qu'on lui posait ce type de question. Et pour la première fois, elle osait se la poser et agir par elle-même. Mais devenus adultes, les gens s’autocensurent.

Avez-vous un exemple de cette autocensure ?
Un jour, un jeune homme m'a raconté une histoire. Alors qu'il avait trois ans, sa mère lui a dit en cachette que Jésus veillait sur lui depuis le ciel et l'aimais très fort. Mais qu'il ne fallait n'en parler à personne. Et c'est adulte, au moment de son service militaire, qu'il a enfin osé le dire. C'est un peu comme la théorie de l'aquarium. Il faut arriver à trouver les limites pour découvrir que derrière ses limites, l'espace est plus grand.

Avez-vous rencontré des difficultés dans votre travail ?
J'avais décidé de travailler sur des postes bien en deçà de mes compétences. Comme ça j'étais utile pour le bon fonctionnement de l'entreprise et par la-même un peu intouchable. J'ai été accusé d'endoctriner les ouvriers, mais j'ai pu me défendre en répondant que j'étais un homme civilisé et poli, que je ne faisais que répondre aux questions qu’on me posait, ce qui était vrai et c'est passé.

Qu'en était-il de l'éducation ?
Les professeurs étaient jugés sur la façon dont ils introduisaient la politique dans les cours. Ils devaient sans cesse critiquer le capitalisme et encenser le communiste. L'éducation technique était de qualité mais l'endoctrinement toujours présent. Lorsqu'une délégation française est venue à Cuba, les enfants ont reçu des blouses blanches et des jouets, pour montrer que tout était formidable. Mais dès que la délégation est partie, on les leur a enlevé.

Que retenez-vous de cette expérience ?

Je suis rentré en France après 20 ans à Cuba. J'ai fait une longue route avec de nombreux amis cubains, c'était une expérience très riche. J'ai toujours eu envie d'y retourner et j'espère pourvoir le faire cette année.

mercredi 28 novembre 2012

L'Expédition Pôle Nord 2012

Aventurier dans l'âme Julien Cabon n’a cessé, ces dix dernières années, de parcourir le monde. 

Qu’il soit à bord d’un sous-marin nucléaire au milieu de l’océan Indien, aviateur au cœur de l’Afrique ou encore, embarqué à bord d’un navire de contrebandiers au large du Yémen, ce Grand Reporter, d'une trentaine d'années a un parcours qui semble comme truffé de « micro vies ».  

Mais depuis quelques temps, c’est sa passion pour les régions polaires qui a pris le dessus. Après un mois passé seul à bord du voilier Vagabond emprisonné dans les glaces de la banquise du Spitzberg, il décide de se lancer avec son ami scientifique Alan Le Tressoler, dans un projet pour le moins givré : s’installer avec une simple tente quelques semaines à l’endroit exact du pôle Nord géographique, sur l’axe de rotation de la Terre ! 

L'objectif de cette expédition dénommée Pôle Nord 2012 était à la fois de sensibiliser le public à la problématique de l'océan glacial arctique mais aussi d'effectuer des relevés scientifiques inédits pour sept différents laboratoires de recherche. De retour sur terre, Julien Cabon, l'explorateur, témoigne avant la sortie de son film et de son livre en 2013.



Que recherchez-vous à travers vos voyages ? 

C’est une question difficile. Parce que l’on cherche toujours des prétextes au voyage. Par exemple, le journalisme, l’humanitaire ou les grandes causes sont d’excellents prétextes qui vous donnent d’excellentes raisons de partir. Mais pour être honnête, la seule raison qui me pousse à voyager c’est l’ennui. Je ne cherche à travers mes voyages qu’ à me désennuyer…

Enfant,j'avais envie d'essayer tous les métiers. J’avais beaucoup de rêves, et comme je ne me suis jamais imposé de limites, je suis condamné à poursuivre mes rêves d’enfant… Ça peut sembler parfois laborieux ou risqué, mais je trouve que c’est encore pire de ne pas essayer.

Après, l’ailleurs est une drogue dure dont on a du mal à décrocher, et il m’arrive parfois de me sentir inadapté dans la vie de tous les jours… Mais je progresse…

Comment s’est déroulé votre voyage au Yémen ? 

Adolescent j’ai toujours été fasciné par le livre Fortune Carrée de Joseph Kessel et les secrets de la mer rouge d’Henry de Monfreid. Cette zone de la corne de l’Afrique, jusqu’à l’Arabie heureuse (Le Yémen), représentait pour moi une zone de liberté absolue ou tout était possible. Monfreid, trafiquait des perles, du haschich, des armes, faisait de l’espionnage…

J’avais envie d’aller chercher ces images ancrées dans mon imaginaire.

Dans le petit port de Djibouti, j’ai pu rencontrer des contrebandiers d’alcool. Nous avons traversé ensemble la mer rouge pour nous rendre à Moka, au Yémen, sur un petit boutre (bateau traditionnel de la mer rouge et du golfe persique) d’une dizaine de mètres qui prenait l’eau et était envahi de rats.

Mais Monfreid et Kessel sont morts, et j’ai découvert que pendant la traversée, dans le détroit de Bab el Mandeb, deux mondes se croisaient. Un flux incessant de  gros pétroliers et de portes containers chargés de biens de consommation destinés au monde occidental coupaient sans le voir la route de notre petit rafiot avec son chargement de bouteilles d’alcool et sa cargaison de fortune. J’ai toujours le souvenir de ces deux mondes qui se croisent. L’invisible et misérable trafic du tiers monde qui peut à tout moment se faire broyer par les navires géants de la société de consommation. Je n’oublierai jamais cette image.

Qu’en est-il de votre  expérience au Liban en tant que grand reporter pour Cols Bleus ? 

C’était en 2006 lors du conflit entre Israël et le Hezbollah. A titre personnel, ce fut ma première expérience du feu et de la guerre. Beyrouth était en flammes, et à la frontière Israélienne, les tirs passaient au-dessus de Nakoura. On ne se déplaçait qu’en gilets pare balles dans les villages, en allant se réfugier dans des bunkers à chaque alerte.

La marine française y a rapatrié plus de 8000 personnes vers Chypre à bord de portes hélicoptères. Les hangars étaient bondés de lits de camps, les gens avaient tout perdu. Lorsqu’ils arrivaient sur le bateau, ils étaient soulagés d’être en vie et en sécurité mais ils avaient pour la plupart perdu plusieurs membres de leur famille. Ce fut une expérience que je ne souhaite pas revivre.

Et quand vous rentrez, vous réalisez à quel point la paix est une chose précieuse. La jeune génération, en France, malgré tous nos problèmes conjoncturels a une chance immense de ne pas avoir connu la guerre. On a parfois tendance à l’oublier.

Vous avez vécu 35 jours dans un sous-marin, pourquoi ? 

D’abord parce que j’avais la chance d’être payé pour vivre cette expérience, lorsque j’étais reporter pour le Magazine de la Marine et de la mer! Et aussi pour en faire un livre qui sera d’ailleurs prochainement réédité.

Et puis surtout parce que c’était une expérience que je rêvais de vivre depuis longtemps.
Pour moi partir dans un sous-marin nucléaire d’attaque, c’était un peu comme partir dans une navette spatiale.

Tout est compliqué dans un sous-marin : 75 personnes vivent dans 70 m2. Les activités les plus simples du quotidien comme manger, dormir, se laver, prennent une autre dimension.

Quand on se dit qu’on est sous la mer, à plusieurs centaines de mètre de fond, qu’on ne peut pas sortir, qu’il n’y a aucun moyen de s’échapper, et qu’on va vivre plus d’un mois sans voir la lumière du jour…il ne faut pas être claustrophobe ! C’est un petit monde plein d’automatismes, avec son langage, ses rites et sa culture. Mais humainement, partager la vie de cette communauté, en plus d’être un honneur, est quelque chose d’extrêmement fort.

Le premier contact avec les hommes d’équipage est un peu stressant car on n’a pas deux fois l’occasion de faire une première bonne impression ! Il faut réussir à se faire accepter. Car dans le sous-marin, il n’y a pas d’endroit où l’on peut s’isoler, on est en permanence soumis au regard de l’autre, tous tributaires les uns des autres dans ce monde clos.

Comment s’est passé votre premier « baptême de l’Arctique ?

Tous ceux qui ont posé les pieds dans le monde polaire vous le diront. La première rencontre avec l’Arctique est quelque chose de bouleversant. La première fois que je me suis retrouvé sur la banquise en face d’un glacier, j’ai senti les larmes me monter aux yeux... L’Arctique, c’est le choc esthétique permanent !

La première fois, je suis allé rejoindre Alan Le Tressoler, avec qui je suis parti cette année au pôle Nord. Il était le responsable de la base polaire française de Ny-Alesund située à 1000 km du Pôle. Comme nous nous connaissions depuis la fac de droit – ça mène à tout ! -, j’ai eu envie de faire un livre sur lui, puisqu’il était depuis deux ans « l’homme le plus au nord du monde ».

Mais, comme souvent, rien ne s’est passé comme prévu. Une semaine après mon arrivée, Eric Brossier, le capitaine du voilier Le Vagabond, servant de base scientifique et pris dans les glaces en hiver, avait besoin de se faire remplacer. Alan m’a alors proposé à l’aventurier et j’ai ainsi relevé l’équipage du Vagabond pendant un mois, seul sur la côte Est du Spitzberg. J’étais chargé de l’entretien du bateau et d’effectuer des relevés scientifiques. Pendant un mois, je me suis retrouvé dans une solitude absolue avec trois chiens-loups qui n’avaient de cesse de hurler à la mort dans le jour permanent de l’Arctique…

 J’ai eu l’impression d’être un peu comme le Petit Prince de Saint-Exupery , en haut de ma petite planète.  Ce décor lunaire n’avait rien de commun avec ce que je connaissais, j’avais l’impression d’être sur le toit du monde. Dépourvu de vie sociale, cette expérience a été comme une rencontre avec la Terre où j’ai pu prendre conscience de sa fragilité…

Tous les jours, je découvrais des traces d’ours polaire près du bateau. Avec le jour permanent, mon rythme s’était décalé : il ne faisait jamais nuit. La température extérieure oscillait entre -25 et 0 °C tandis qu’il faisait entre -2 et 0 °C dans le bateau. Pour avoir de l’eau, je faisais fondre la glace provenant d’un iceberg grâce à un petit poêle disponible sur le bateau. La seule chose que je faisais à heure fixe, c’était nourrir les chiens. Se retrouver sur ce petit voilier rouge posé sur le toit du monde, loin de toute civilisation, à plus de cent kilomètres du premier être humain, a été un véritable voyage intérieur…

 De retour à la civilisation, j’ai eu du mal à m’exprimer pendant une semaine j’avais perdu l’habitude de parler. J’ai eu beaucoup de mal à me réadapter.

D’ailleurs je ne suis peut-être pas encore totalement revenu de ce voyage…

Après cette expérience enrichissante et éprouvante, avez-vous eu envie de repartir ? 

Oui, bien sûr, une fois piqué par le virus polaire, c’est dur d’y échapper. Quand Alan Le Tressoler est rentré en France après près de trois ans sur la base arctique française, nous n’avions qu’une envie, c’était de repartir. Alan savait que les scientifiques avaient besoin d’effectuer des mesures sur le pôle Nord géographique mais que très peu de données existaient.

Puis, en faisant plusieurs conférences nous nous sommes aperçus que peu de gens connaissaient l’océan arctique, un océan qui s’étend pourtant sur 13 millions de km2 soit six fois la taille de la méditerranée, recouvert de 11 millions de m2 de banquise d’une épaisseur moyenne de 2 mètres.

C’est ainsi qu’est né notre projet d’expédition « Pôle Nord 2012 » : sensibiliser le grand public aux problèmes rencontrés par l’océan arctique et recueillir des données scientifiques au pôle Nord géographique étaient nos deux axes de priorité.

Pour lancer le projet Pôle Nord 2012, vous êtes enfermé dans un congélateur pendant les vacances de Noël 2011 ? 

Le seul moyen de réaliser notre expédition était de frapper un grand coup ! On n’avait pas d’argent, alors il nous a fallu des idées. Car pour tout vous dire, monter une expédition polaire de ce genre est quelque chose de particulièrement compliqué.

Il a donc fallu se démarquer et lancer le projet en grande pompe. Avec le soutien de Michel Rocard, du Prince Albert II de Monaco, de la Marine Nationale, des différents ministères et centres de recherche, nous avons lancé la semaine de Noël notre petit laboratoire polaire en s’enfermant 9 jours et 8 nuits, dont la nuit de Noël, dans une chambre froide à -28°C prêtée par l’entreprise de surgelés Argel, mécène de l’expédition… L’idée était de tester le matériel et notre résistance dans des conditions extrêmes mais aussi de faire parler de l’expédition pour  trouver les 300 000 euros nécessaires au projet.

Et ça a marché : le jour de notre entrée dans le congélateur, on faisait le buzz… Toutes les chaînes de télévision nationales et 180 médias différents, du monde entier parlaient de notre expédition.

A-t-il été difficile de trouver des sponsors ? 

Le financement est la principale difficulté de ce type de projet. Nous nous sommes battus sans relâche jusqu’à la veille du départ pour boucler le budget ! Quand vous n'êtes pas connu et que l'économie est en pleine crise, il faut dépenser une énergie folle pour convaincre d'éventuels financeurs. Les entreprises reçoivent chaque mois des centaines de demandes de financement pour des projets en tous genres alors que leurs dépenses en communications se resserrent d’années en années. De notre côté, nous avons eu la chance de nouer une relation exceptionnelle avec Argel, l'entreprise de surgelés à domicile, basée en Bretagne et qui nous a beaucoup aidé.

Arrivés au Pôle Nord,  comment avez-vous vécu sur la banquise ? 

Nous étions à 800 km de la première côte et à 1200 km du premier village habité.  Nous dormions dans une simple tente sur une banquise d’1,5 mètres flottant au dessus de 4200 mètres de profondeur. Nous mangions de la nourriture lyophilisée. L’essentiel du temps était consacré aux mesures et prélèvements scientifique à savoir la mise à l’eau de nos filets à plancton, de nos bouteilles de prélèvement d’eau, de nos sondes bathymétriques, prélèvements de neige, de glace, mesures de radioactivité et météo…

Quelles étaient les températures de jour et de nuit ? 

C’était le jour permanent, une caractéristique qui demande quelques jours d'adaptation, avant de trouver son rythme. Les températures moyennes étaient autour de -30°C mais suivant la vitesse du vent, la température ressentie pouvait être bien plus faible.

Qu’avez-vous envie de dire aux gens qui ont peur pour vous ? à ceux qui trouvent que c'est de la folie ? 

Ce projet, finalement, est bien loin d’être fou. Cette expédition n’a pu réussir que parce qu’elle a été extrêmement préparée, si le risque est bien réel, nous sommes partis dans les conditions de sécurité maximales. Notre équipement était ce qui se fait de mieux au monde aujourd'hui. Nous ne sommes pas des têtes brûlées, chaque manipulation et chaque geste que nous faisons là-haut est l'objet de procédures et de préparation. Notre mission est avant tout scientifique mais c'est aussi un témoignage que nous souhaitons faire partager au plus grand nombre. Nous sommes bien conscients de la chance que nous avons eu d’accéder à l’axe de rotation de la Terre. Ce qui est fou, c’est l’énergie que demande ce genre de projet : il faut avoir l’esprit d’un entrepreneur et une sacrée santé. Et surtout ne jamais rien lâcher! Entre l'idée de l’expédition et sa réalisation, c'est deux ans de travail, des milliers de mails envoyés, des centaines d'heures au téléphone, des dizaines de conférences, un combat permanent pour convaincre la cinquantaine de partenaires qui nous suivent. C'est comme créer une petite entreprise, bien loin de la banquise, il y a aussi énormément de travail de bureau. Le rêve a un prix, et ce n’est pas donné !

Quel est votre plus beau souvenir ? 

Vivre sur la banquise est une des choses les plus extraordinaires qu'il m'a été donné de vivre. Dans ce décor vierge et brut, c'est le choc esthétique permanent. Cet environnement est d'une telle puissance qu'on y oublie tous les sacrifices, le froid, l'inconfort et la fatigue. Chaque journée passée sur la banquise est unique et restera gravé dans ma mémoire.

Et la douche chaude après un mois passé au pôle Nord,évidemment !

Et le pire souvenir ? 

En avril 2011 lors de notre expédition au Groenland pour nous préparer au pôle Nord, nous avons été contraints de tuer deux ours polaires. Ce fut la pire journée de ma vie. Car Alan comme moi aimons et respectons beaucoup cet animal et que nos travaux consistaient à mieux comprendre son territoire et par là même à protéger cette espèce. Mais ils ne nous ont pas laissé le choix. L’ours est le plus grand prédateur de l'Arctique. C’était eux ou nous. Et je suis heureux d’être encore en vie.

Quels sont vos projets aujourd'hui  ? 

Je prépare un film documentaire sur ces expéditions ainsi qu’un livre de récits. Nous proposons également des conférences partout en France pour le grand public et les entreprises. Alan, quant à lui, repart pour le Groenland à bord d’un voilier d’expéditions polaires. Il y restera une année entière emprisonné dans les glaces avec un programme scientifique et pédagogique. Et bien sûr, j’irai le rejoindre pour filmer son expédition… Quand je vous disais que l’Arctique était une drogue dure, on ne décroche pas de la banquise si facilement !


Julien Cabon lors de l'expédition Pôle Nord 2012


En savoir plus ? Suivez le fil polenord2012.fr

mardi 7 août 2012

HK et Les Satimbanks, ne lâchent rien

Rencontre avec HK alias Kaddour Hadadi, créateur du célèbre « On lâche rien », une chanson reprise dans toutes les manifestations.

Qui se cache derrière HK ?
Mon nom est Kaddour Hadadi, j'ai 35 ans. Je suis le fils d'un immigré algérien installé à Roubaix. Mes parents n'étaient pas riches, mais j'ai eu une enfance heureuse, entouré de copains italiens et portugais. J'ai eu la chance d'avoir la bosse des maths, du coup, je n'avais pas besoin de travailler, je m'en sortais plutôt bien. Mais ce qui m'intéressait à cette époque, c'était plutôt de faire du sport et de traîner avec mes potes.

Comment est née votre envie de faire de la musique ?
Le rap et le hip-hop ont débarqué dans notre quartier dans les années 90. C'était le temps où les rappers ont inventé leur façon bien particulière de s'habiller et où s'est développé l'art de la tchatche et l'envie de se la raconter. C'est là que j'ai fait mes premières impros et où sont nés mes premiers textes. J'ai commencé à dénoncer la classe politique corrompue, le berceau africain sur un mélange de rap et de reggae. Aujourd'hui, notre manière de dire est bien plus aboutie que dans ces années-là.

Quel a été votre parcours ?
J'ai fait mes premières armes avec le groupe MAP, Ministère des Affaires Populaires de 2006 à 2009. Deux albums sont nés de cette époque « Debout là-D'dans » et « Les Bronzés font du cht'i ».

Comment est né HK et Les Satimbanks ?
En 2009, j'ai voulu faire un projet plus personnel. Les saltimbanques sont des amuseurs publics joyeux et festifs. Ce qui nous permet de défendre nos valeurs sans en avoir l'air. Et ces idéaux sont en résonance avec notre époque. Dans mon premier album « Citoyen du monde » créé en 2010, j'ai d'abord voulu raconter le destin de personnes de tous les horizons croisées sur ma route, que ce soit un SDF roubaisien ou un Touareg du désert algérien.

La chanson « On lâche rien » de l'album est devenu le leitmotiv des manifestations ?
Nicolas Sarkozy se vantait de ne pas voir les gens faire grève. Ça m'a énervé, car ces gens-là, ils défendaient leur bifteck. Cette chanson, c'était une réponse, un cri de révolte. Puis il s'est passé un truc magique, on ne sait pas comment ça s'est produit. C'est là qu'on a vu que c'était une chanson importante pour un grand nombre de gens.

Votre deuxième album « Les temps modernes » est un hommage à Charlie Chaplin ?
Oui. En 1936 alors que tous promettaient un monde idéal avec le progrès au service de l'être humain, il avait senti l'arnaque et il avait vu juste, c'était un génie. J'interprète également une chanson de Brel. Une référence pour moi. Je le revois dégoulinant de sueur qui nous emportait, nous touchait au plus profond de notre être. On peut dire que le second album est dans la continuité du premier. Le « Ne lâche rien » du premier renvoie à « Indignez-vous » du second. Un clin d’œil à Stéphane Hessel et son manifeste à succès.

Avec « Toute mon vie », vous avez voulu défendre quoi ?
À travers l'histoire d'un ouvrier réunionnais, je dénonce la société du profit et de la réussite individuelle. L'argent et le profit mènent notre société et sont destructeurs. Mais l'être humain n'est pas une entité jetable. Les ouvriers ne peuvent pas être utilisés comme des objets par les patrons. Puis devenus chômeurs, ils sont marginalisés et deviennent « non fréquentables ». Il faut remettre l'humain au centre de notre société.

Quel est votre type de musique ?
Nous clamons une révolte joyeuse et en mouvement sur une musique colorée et entraînante et des rythmes aux couleurs du monde. C'est important pour moi de ne pas se laisser enfermer dans une case musicale. Notre musique, c'est une musique nomade où nous cultivons notre éclectisme.

Quelles sont vos prochaines scènes ?
Nous serons le 15 septembre au Canada et les 15 et 16 février 201 à la Cigale. Et nous espérons l'an prochain être présents sur les grands festivals tels que Bourges, Les vieilles Charrues ou les Eurockéennes et les autres.



En savoir plus ? suivez le fil HK et Les Saltimbanks

samedi 28 juillet 2012

Un défi sportif et solidaire : 5000 km en vélo couché pour réhabiliter une école en Arménie

Marc Brunet, relève un nouveau défi sportif et solidaire : 5000 km en vélo couché de Valence à Erevan en Arménie pour récolter des fonds au profit d'une école arménienne dévastée par le tremblement de terre de 1988. 
Faisant une halte dans l'écrin de verdure du Près-la-Rose à Montbéliard, il a accepté de répondre à quelques questions.

Pouvez-vous vous présenter ?
Après des études musicales, j'ai fait la promotion de la musique dans des festivals, souvent pour des causes humanitaires. Puis j'ai créé en 1984, la société Séphora La musique pour la vie, spécialisée dans le Gospel. J'ai 57 ans, 2 enfants et j'en parraine un troisième. On a toujours voulu, ma femme et moi, leur enseigner la solidarité.


Vous venez de vous lancer dans un nouveau défi pour une école en Arménie ? Pourquoi ?
Oui, mon gendre étant arménien, j'ai été sensibilisé pour cette cause. En 1988, la région d'Everan, la capitale de l'Arménie, a été l’épicentre d'un violent séisme qui a fait plus de 30 000 morts. La petite ville de Chirakamout près d'Erevan a été gravement touchée. En collaboration avec l'ONG Espoir pour l'Arménie qui œuvre dans le pays depuis plus de 20 ans à l'amélioration des conditions de vie des habitants, nous avons choisi de récolter des fonds pour reconstruite et équiper l'école de Chirakamout. Nous prévoyons de récolter 25000 euros et aujourd'hui nous en avons déjà 8000. C'est un bon début !

Comment les gens peuvent-ils sponsoriser ce projet ?
C'est simple. Il suffit d'aller sur le site internet Aventure-en-soliDaire et d'acheter soit des kilomètres solidaires, à raison de 5 euros le kilomètre, soit une carte postale à 10 euros d'un des pays traversé que je leur enverrai de là-bas. Les fonds ainsi récoltés sont versés à l'association que nous avons créé en début d'année pour cette occasion Aventure en soliDaire, implantée à Valence et qui comprend 15 membres. Elle qui est chargée de reverser ces fonds à l'association humanitaire Espoir pour l'Arménie.

Quel va être votre parcours ?
Je suis parti de Valence le 21 juin à 14 h. Je pense rejoindre Everan en Arménie le 1er octobre. J'ai donc 2 mois et une semaine pour parcourir 5000 km en vélo-couché à raison de 90 km par jour en moyenne. De Valence, j'ai remonté jusqu'à Lyon, puis Bourg-en-Bresse, Lons-le-Saunier et j'ai rejoint l'Eurovélo 6 à Dôle. Je suis parti ce matin de Besançon à 8 h et je viens d'arriver à Montbéliard. Il est 14h30. Je vais dormir pour la nuit chez l'habitant à Grandvillar, puis je repars demain vers Bâle. Au total, je vais traverser 10 pays pendant mon voyage dont la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie, la Roumanie, la Moldavie, l’Ukraine, la Russie, la Géorgie avant d’atteindre l’Arménie. Ceux qui souhaitent me rencontrer peuvent suivre mon parcours en allant directement sur le site internet, une carte de mes déplacements est mise à jour en temps réel grâce à mon GPS.

Pourquoi avoir choisi de faire ce périple en vélo couché ?
J'ai toujours était sportif. Je fais du VTT et cela fait 30 ans que je fais du jogging. J'ai découvert le vélo couché il y a 3 ans. C'est beaucoup plus confortable qu'un vélo classique et j'ai une belle vue panoramique. C'est aussi beaucoup plus sûr, le centre de gravité étant plus bas, il y a moins de risques de chutes.

Comment se passe l'intendance au cours de ce périple ?
Je pars en autonomie. J'ai le matériel pour faire des réparations en cas de problèmes et du matériel pour camper, soit 30 kg de matériel en plus des 19 kg du vélo. Forcément, je fais des rencontres sur la route et bien souvent les gens m'invitent pour le repas ou pour camper dans leur jardin. Ma femme ayant insisté, pour ma sécurité  je suis équipé d'une balise de détresse au cas où. Et mon GPS fournit ma position en cas d'intervention urgente.

Vous n'en êtes pas à votre premier défi sportif ?

En effet, j'ai participé l'an dernier à la Diagonale des fous sur l’île de la Réunion. Il s'agit d'un trial très connu de 163 km qui a 9.600 mètres de dénivelés positifs. Je suis arrivé 1.180e sur 2.500. J'ai fait le parcours en 60 h. Chacun gérait son temps comme il l'entendait et j'avais choisi de dormir 3 h par nuit. Nous avions pu récolté, lors de cette action 4000 euros, pour la scolarité d'une enfant malgache qui s'appelle Tavina. Elle pourra ainsi avoir un repas par jour et une scolarité normale.

Personnellement, que vous amène de tels défis ?
C'est un défi effectivement personnel, je teste mes performances. Mais c'est surtout une rencontre avec des personnes que je n'aurai jamais rencontré, la découverte de nouvelles cultures, une vie autrement, un don de soi.

Arrivé à Chirakamout en Arménie qu'allez-vous faire ?
Je vais y retrouvé ma famille qui m'attendra là-bas, visiter l'école et rencontrer les membres de l'association Espoir pour l'Arménie et la population.


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dimanche 15 juillet 2012

David Perrin, devenu tétraplégique à 33 ans à la suite d'un banal accident de piscine, témoigne

David Perrin, jeune nîmois plein d’humour, sportif et dynamique, père de deux enfants, est chargé de maintenance chez Toshiba Médical. 
Le 14 juillet, sa vie bascule. Il témoigne. 




Pouvez-vous nous parler de l’accident ?

J’ai glissé d’un murier platane surplombant la piscine en voulant récupérer un ballon. Sous le choc, ma vertèbre cervicale C5 s’est brisée.  En touchant l’eau, j’ai ressenti un grand flash blanc et une brûlure autour de la colonne vertébrale. Je ne pouvais plus bouger, je me noyais. J’ai eu la chance d’être opéré deux heures après mon accident.
A mon réveil, j’étais allongé dans le noir sans savoir où j’étais, je ne pouvais plus bouger, j’étais en phase de survie à essayer de respirer. C’était effrayant. Puis mon état s’est stabilisé environ trois mois après l’accident. Mon cou, mes épaules bougeaient, mon bras un peu aussi et j’ai pensé qu’il y avait des chances que ça aille plus loin.

Qu’en est-il de la rééducation ?

Après une semaine en soins intensifs, une place s’étant libérée, le centre de rééducation Propara de Montpellier m’a accueilli. Partir en rééducation, c’était une bouffée d’oxygène et j’ai pensé que plus vite je m’y mets et plus vite je serais debout. Pendant dix mois le personnel m’a appris à accepter son handicap. C’était éprouvant. J’ai fini par apprendre à vivre en fauteuil, à utiliser ce qui reste de mon corps et à trouver des solutions inventives de remplacement.

Comment s’est passé le retour à domicile ?

J’étais partagé entre l’envie de rentrer chez moi et le peur de cette nouvelle vie. C’était angoissant de retourner chez moi en fauteuil et de vivre le quotidien avec mon handicap. Les aides que j’ai reçues de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) et de la sécurité sociale étant faibles, ne m’ont pas permis de faire tous les aménagements nécessaires. C’est grâce à mon assurance et la mutuelle pour mon fauteuil que j’ai pu les réaliser.

Et les enfants comment ont-ils réagi ?

Les enfants se sont bien adaptés à la nouvelle situation car j’ai bien vécu mon handicap. Quelques mois après, ils m’ont posé des questions  pour savoir ce qui était cassé et ce qui allait se réparer, puis ils ont continué comme avant.

Avez-vous l'intention de reprendre le travail ?

Deux mois après mon accident, Toshiba Médical m’a assuré qu’il était possible de créer un poste adapté. Ainsi au premier semestre 2011, je pourrai faire de la télémaintenance, c’est un soulagement pour moi. L’association Comete aide d’ailleurs les handicapés qui ne pourraient pas réintégrer leur travail, à retrouver un emploi.

Que vous dit le regard des autres ?

Dans les lieux publics  80% des personnes me regardent comme si j’étais debout, les autres font un écart pour ne pas croiser mon regard. Le fauteuil tétanise. J’ai du casser les barrières en allant voir les personnes que n’osaient plus me parler. Les enfants, eux, ont un regard amusé.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Aujourd’hui, même avec l’usage partiel de mes bras et pas de mes mains, je suis toujours aussi optimiste et je m’adapte à mon handicap : je fais du Buggy, de l’informatique, je joue au ping-pong, je vais chercher les enfants à l’école et j’utilise aussi le système Handigo mis en place par Nîmes Métropole et très pratique pour mes déplacements.
A court terme, j’ai le projet de conduire un véhicule adapté, je vais reprendre mon activité professionnelle et j’ai commencé à écrire un livre pour transmettre mon expérience. Je suis, d’ailleurs à la recherche d’un éditeur intéressé. Depuis mon accident, je me suis rendu compte qu’il est important d’apprécier tous les instants de sa vie, c’est ce qui m’a aidé à accepter ma situation et à retrouver une vie sociale . La vie ne s’arrête pas au handicap, elle s’adapte et continue.

David Perrin en buggy après son accident
©Véronique Pouzard
Note de l'auteur sur l'interview : David Perrin est un jeune homme de 33 ans devenu tétraplégique suite à un banal accident de Piscine. Dans son interview, il explique comment est survenu sont accident et témoigne. Paralysé, il continue à vivre sa vie comme tout un chacun. Il sa su s'adapter à sa nouvelle vie. Le regard des autres sur les personnes à mobilité réduite, c'est ce qui l'étonne le plus. La peur sans doutes des personnes handicapées ? Mais pourquoi cette peur des personnes à mobilité réduite ? En tout cas  lui, il a toujours envie de croquer la vie malgré son handicap, il fait avec. Il n'est handicapé que dans le regard des autres.

samedi 5 mai 2012

François Confino, muséologue révolutionnaire


François Confino, architecte muséographe et scénographe, est le créateur de l'exposition "Cités-Cinés" à la Grande Halle de la Villette en 1987, ouvrant la nouvelle voie à l'art scénographique. Précurseur, il a définit le nouveau métier de muséographe.
Aujourd'hui, après une longue carrière marquée de succès, il parcours le monde et ne cesse de nous surprendre, en insufflant la vie dans tous les projets qu'il entreprend. 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je travaille depuis une trentaine d’année dans le domaine de la muséographie d’exposition et la scénographie notamment à New-York et à  Paris mais aussi dans le monde entier.
Aujourd’hui, je m’occupe des projets avec Véronique Rosen, ma chef de projet tandis que Michel Helson s’occupe de l’éclairage et de l’audiovisuel.

Quand est née votre passion ?

J’ai toujours eu envie de faire de l’architecture ou du design depuis que j’étais petit. Et quand j’ai fait de l’architecture d’HLM j’ai toujours voulu faire des projets originaux. Et New York m’a beaucoup appris car j’ai pu faire des propositions originales même si ça ne marchait pas toujours, je me suis bien amusé. A New York, j’ai aussi tourné des films documentaires et de fictions. J’avais déjà le goût de l’image.

Vos parents étaient dans ce milieu ?

Pas du tout, mon père était interprète aux Nations-Unis et ma mère a fait beaucoup de peinture quand elle était jeune mais elle était mère au foyer. Mes parents étaient très cultivés et m’amenaient beaucoup dans des musées. J’ai beaucoup voyagé quand j’étais enfant car mon père nous amenait partout.

Une fois votre diplôme en poche, qu’avez-vous fait ?

Je suis parti pendant cinq ans à New-York et là j’ai effectivement beaucoup appris sur ce que pouvait faire un architecte en dehors de l’architecture. C’est d’ailleurs à cette époque que le Centre Georges Pompidou, qui était alors en création, m’a invité avec des associés à faire la première exposition du Centre en 1977. Après, je me suis installé dans la région comme architecte, j’ai construit à Bagnols-sur Cèze, à Alès, un petit  peu dans tout le sud de la France, mais très vite, j’ai eu envie de faire essentiellement de la muséographie et de la scénographie car ça m’apportait beaucoup plus. Vers les années 1990, je me suis lancé exclusivement dans le domaine des expositions et des musées.

Comment avez-vous évolué vers votre métier de muséologue d’exposition ?

En apprenant. En faisant la première exposition au Centre Georges Pompidou, j’avais appris beaucoup de choses et après je savais un petit peu mieux comment m’orienter. Et j’ai eu beaucoup de chance car j’ai un ami, François Barré, qui était le président du Centre Pompidou à cette époque et qui m’a confié de gros projets. Le premier  projet que j’ai fait avec lui, c’était l’exposition au Centre Pompidou et puis après il m’a confié une grande exposition à la Grande Halle de La Villette à Paris sur le cinéma Cités-Cinés  qui a eu un retentissement très surprenant. Nous ne nous attendions pas du tout à ça, nous avons eu 450 000 visiteurs en trois mois. C’était un record. A la fin on a même ouvert la nuit, ça ne c’était jamais vu à Paris. C’était très innovant, sur 6000 m2, les gens se baladaient comme s’ils étaient dans une ville de fiction dans laquelle on projetait sur de grands écrans des extraits de films. Nous avions inclus dans l’exposition trois restaurants et un dancing. Les gens pouvaient aller danser, prendre un verre, se promener. Donc voilà, ça a fait un tabac. Et à partir de ça, nous avons eu des propositions du monde entier. L’exposition universelle  de Séville en 1992 c’est comme ça que nous l’avons et celle de 1998 à Lisbonne aussi.

Quels sont vos principaux projets ?

J’ai travaillé à l’international dans tous les pays du monde comme les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, la Nouvelle Zélande, le Japon et la Chine. Mais j’ai bien aimé m’investir sur le Musée de l’Aiguille en Normandie, un petit musée très rigolo. Pour l’exposition universelle de Shanghai nous avons fait le pavillon d’exposition de la ville du futur, l’un des principaux de l’exposition. Actuellement je travaille en Guadeloupe pour le Mémorial sur l’Esclavage. Le Musée de l’Automobile et du vin vient d’ouvrir en Italie et  j’ai en cours trois gros projets en Suisse dont un sur le Cerveau en collaboration avec l’Université de Genève, un sur Charlie Chaplin et un troisième sur les dinosaures dans le Jura. Je reviens du Maroc où l’on me confie deux projets sur la paléontologie, situés chacun aux deux extrémités de l’Atlas dans un parc gigantesque protégé par l’Unesco et inscrit au patrimoine de l’humanité. Le premier sera implanté sur le site où l’on a trouvé des dinosaures et l’autre plus général traitera du parc et de la paléontologie.

Quelles sont vos références en matière de spectacle de rue ?

Je peux citer le défilé-spectacle « Paris Libéré » pour les 50 ans  de la libération à Paris en 1994 alors que Jacques Chirac était le maire de Paris et que Jean-Jacques Aillagon était ministre de la culture. C’était une énorme manifestation, on partait de la Porte d’Orléans pour arriver à la mairie de Paris. Il y a eu quinze millions de spectateurs et le budget était de 1,8 millions d’euros. J’ai fait aussi un spectacle à Lisbonne en 1998 avec le metteur en scène français Philippe Gentil. C’était un spectacle qui se jouait cinq fois par jour dans une salle de dix mille places pendant quatre mois. Nous avons eu 3,5 millions de spectateurs. Nous aurions dû être dans le Guinness Record pour la pièce de théâtre qui a reçu le plus de monde en moins de temps.

Quels sont les coûts de tels projets ?

Concernant la scénographie uniquement sans l’architecture, le budget général pour le projet de la Banque de France commencé en 2011 et qui ouvrira en 2014 est  autour de 5 millions d’euros. Celui du Musée de Charlie Chaplin en Suisse est aux alentours de 10 millions d’euros. Le Musée de l’Automobile qui a commencé en 2003 et que l’on vient de terminer à Milan avoisinait les 9 millions d’euros. Le budget du projet sur le Musée de l’Esclavage en Guadeloupe va être de l’ordre de 4 millions d’euros. Nous y travaillons depuis trois ans mais nous rencontrons beaucoup de freins administratifs, ce qui fait reculer d’autant son ouverture.

Comment faîtes-vous pour décrocher un projet ?

Parfois j’ai des contacts, parfois nous répondons à des concours, souvent je me renseigne. Une fois j’ai gagné un concours à Los Angeles devant cinquante équipes et c’est moi qui l’ai eu alors que j’étais le seul qui n’était pas anglo-saxon. Ça m’a fait très plaisir, c’était pour le Musée d’Histoire Naturelle de Los Angeles sur lequel on a travaillé pendant quatre ans.
Mais comme nous avons aujourd’hui une bonne notoriété internationale, très souvent nous avons des propositions de projet, ce qui nous permet de choisir. Par exemple, nous avons été sollicités pour  le Maroc et la Suisse, nous avons fait un concours pour la Banque de France et le Mémorial de l’Esclavage.  Tous les musées que j’ai faits en Italie étaient sur invitation personnelle.
Du coup, nous n’avons plus le temps de nous occuper de petits projets. J’ai une proposition de projet à Bordeaux, mais j’hésite car c’est plus compliqué d’aller à Bordeaux qu’à Paris d’Uzès.

Quel thème préférez-vous traiter ?

Tout m’intéresse. Nous avons abordé des thèmes complètement différents en passant par les insectes, les paquebots à Saint-Nazaire, l’argent avec la Banque de France. Nous sommes éclectiques.

Comment vous viennent  les idées ?

Elles émergent de brainstorming entre mes collaborateurs et de moi. J’aime beaucoup penser à des projets quand je roule en voiture ou quand je suis dans un train ou un avion. Je n’y pense pas avant.
Non, moi j’aime bien avoir un projet et donc un sujet à penser. J’ai toujours l’impression de revenir à l’université car j’apprends beaucoup de choses que je ne connaissais pas comme par exemple sur l’économie ou les insectes. Sur l’automobile je n’ai pas appris grand-chose car je connaissais déjà bien le sujet. Et je suis très content d’avoir appris mais l’histoire de l’esclavage grâce au musée du mémorial.

Quelle est la part de la recherche et de la documentation ?

Une partie énorme ! Nous avons une très grosse bibliothèque et nous surfons sur le net. Ce travail de recherche continue tout au long du projet. Sur un projet, rien n’est figé, tout évolue en permanence dans la mesure du possible. Par exemple, le Musée de l’Automobile de Turin bien étant réalisé en huit années a encore évolué un mois avant son inauguration.

Est-ce un métier stressant ?

C’est un peu de stress, moi je ne suis plus beaucoup stressé, c’est un peu de tension mais en même  temps de la tension intéressante.

Faut-il avoir un diplôme d’architecture pour faire ce métier ?

Au départ mon métier n’était pas très bien défini. Les gens disent que j’ai beaucoup innové dans le métier en faisant des choses beaucoup plus spectaculaires que ce qui se faisait auparavant. J’inclus, de la musique, du son, des projections, des effets spéciaux, etc. Aujourd’hui, plusieurs confrères le font aussi, mais autrefois,  j’étais le seul. Les gens qui font ce métier ne sont pas nécessairement architectes, ils viennent d’école de design, du théâtre, d’école d’architecture d’intérieur. Mais il faut impérativement savoir dessiner.

Quelles sont les qualités requises pour être muséologue d’exposition ?

Il faut savoir voir dans l’espace et faire preuve de fantaisie. Si on a de l’humour c’est encore mieux. Il faut avoir de très bonnes connaissances techniques pour pouvoir, par exemple, choisir le type de projecteur le mieux adapté pour éclairer un objet en lui donner du mystère ou au contraire l’éclairer violemment. Il n’y a pas de qualité première, pour faire du bon travail il faut savoir jongler avec énormément de choses. Par exemple, lorsque je monte une scène, je vais aussi proposer une musique, il faut donc avoir une bonne connaissance en musique.

Est-ce que c’est un métier difficile à vivre ?

Les trois dernières années ont été plus difficiles que la normale, mais comme on a beaucoup de projets intéressants, ça va. Mais les jeunes qui sortent des écoles aujourd’hui ont effectivement beaucoup de difficulté puisqu’il y a trop d’architectes en France. A Uzès, ville de 7000 habitants, il y a 18 à 20 architectes alors qu’il faudrait un architecte pour 2000 habitants. Deux ou trois architectes seraient suffisants et c’est pour cette raison que c’est difficile. Par contre si vous allez à Tourcoing il y en a un peu moins. Par contre dans mon métier, je n’ai pratiquement pas de concurrence puisque les responsables des autres agences d’Uzès sont des amis, on ne se sent pas concurrents. Quand il y a un concours, on se consulte pour savoir si on part ensemble ou pas. C’est très amical comme relation.
En France il y a une centaine de scénographes alors qu’il y a 24000 peut-être 30000 architectes maintenant.

Pourquoi, votre métier est-il toujours aussi passionnant ?

Chaque  fois qu’un projet arrive c’est une nouvelle thématique, je retourne à l’université, j’apprends de nouveau. Ça garde l’esprit jeune. Certains diraient que l’inconvénient du métier tel que je le pratique sont les voyages, mais moi j’adore voyager donc ce n’est pas un problème. Certaines années, j’ai même pris trois cent fois l’avion par an.

Qu’est-ce qui vous plait dans ces voyages ?

Quand je voyage, je rencontre des gens très cultivés que je ne rencontrerai jamais si j’étais un simple touriste. L’autre jour alors que j’étais au Maroc, j’ai rencontré un gouverneur, le préfet, des chercheurs en paléontologie, ils m’ont amené dans des endroits où les touristes ne vont jamais. Et en Chine, je suis allé dans des endroits invraisemblables.

Qu’est que vous a le plus frappé au cours de votre carrière ?

Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’ouverture d’esprit des gens que j’ai rencontré, comme François Mitterrand ou Jacques Chirac. J’étais très amis avec Jean Carnet qui était acteur et habitait à côté de Lussan, j’ai même rencontré Patrick Tilmsit. C’est l’aspect agréable dans ce métier de pouvoir rencontrer des personnalités intéressantes qui ont des fonctions importantes. J’ai rencontré beaucoup d’acteurs de cinéma, car j’ai fait plusieurs expositions sur le cinéma. J’ai rencontré Mastroianni. Je ne peux pas tous les citer.

Quelle expérience vous a le plus passionné ?

L’exposition Cité Ciné car elle avait une approche très originale avec son restaurant, son dancing et ses boutiques au cœur de l’exposition. C’est une expérience qu’on a renouvelé en Belgique, au Canada, au Japon et on a même aujourd’hui  une demande de la Chine. Et il y a aussi un petit musée que j’ai fait avec ma femme il y a une quinzaine d’année sur le musicien Eric Satie,  le musée d’Honfleur et c’est pour moi une des expositions qu’on a le mieux réussi.

Avant la fin de ma carrière, j’aimerai faire un musée scientifique car je trouve que les musées occidentaux présentent la science de manière trop morcelée. J’aimerai faire un musée des sciences à la manière orientale où tous les phénomènes ont un lien les uns avec les autres. Et l’exposition sur le cerveau pour Genève respecte cette optique-là.

Vous avez donné le goût pour votre métier à vos enfants ?

Je travaille avec mon fil ainé sur le projet de la Banque de France car il est diplômé d’Economie et a un très bon feeling. J’ai un fils qui est journaliste scientifique en Suisse pour la radio et la télévision Suisse Romande et j’ai une fille, Eléonore,  qui est actrice, comédienne de théâtre, écrivain et qui vit de son métier. Elle a écrit plusieurs pièces de théâtre et a gagné le grand prix de l’écriture théâtrale l’an dernier, sa pièce va être jouée dans une vingtaine de ville cet automne, ça s’appelle Building. Une écriture cinglante et pleine d’humour.

Quels seront vos futurs projets ?

J’ai de futurs projets en Chine comme celui de la Ville du Cinéma pour Shanghai ou le Musée du vin et du foie gras, les chinois s’intéressant de plus en plus à la gastronomie française.

Pourquoi avez-vous choisi d’installer votre agence à Uzès ?

Après avoir travaillé à Paris et à New-York pendant une trentaine d’années, j’ai choisi de goûter aux plaisirs de la vie à la campagne et je me suis installé dans la petite ville de Lussan en 1996. Uzès étant très proche de Lussan, c’était finalement plus pratique pour moi et mes huit collaborateurs d’implanter mon agence dans une ville un peu plus grande comme Uzès, tout en restant confortable. Uzès bénéficie d’une bonne dimension, il n’y a pas de problèmes de stationnement et j’adore faire le marché le samedi !  C’est donc naturellement qu’en janvier 2011, j’ai créé mon agence située place aux Herbes à Uzès. Je travaille d’ailleurs depuis une dizaine d’années avec mes « satellites », les agences Les Crayons ou le Nez Haut, implantées elles aussi à Uzès. Ce sont  tous d’anciens collaborateurs que j’ai moi-même formés.

Envisagez-vous de créer un projet dans la région ?

Je ne suis pas prophète dans mon pays. La réalisation de Micropolis, c’était le projet le plus proche que j’ai fait dans la région. Ce qui pourrait me plaire, c’est de faire un beau décor de spectacle pour le Festival d’Avignon, mais je ne cherche pas vraiment. Le musée du Bonbon mériterait aussi un peu plus d’originalité. Mais le projet qui m’intéresse vraiment, c’est Marseille, ville culturelle pour 2013.

Quelles difficultés avez-vous rencontré dans la région ?

Mon dossier pour le projet d’aménagement du Pont du Gard n’a pas abouti puisque la réponse, mesquine à mon goût, était que je n’avais pas les compétences nécessaires pour réaliser ce projet ! Du coup, je vais chercher beaucoup plus loin mon travail et j’en suis pleinement satisfait.
Mais même si je suis de gauche, je dois dire qu’il y a eu seulement un maire de droite à Nîmes, Monsieur Bousquet, qui a fait des choses remarquables et m’a fait travailler sur une exposition. Mais sinon, ici aujourd’hui plus personne n’a d’ambition.

Qu’envisagez-vous à l’avenir pour vous et votre agence ?

L’agence est un peu touchée par la crise puisque les affaires mettent plus de temps à se mettre en place et comme nous recherchons beaucoup d’argent à l’extérieur ça prend du temps. Mais, l’un dans  l’autre, nous avons un très bon avenir devant nous. J’ai soixante-cinq ans et je ne suis pas du tout prêt à décrocher, j’ai envie de continuer car ce métier me passionne. Donc la retraite à soixante ans ce n’est pas pour moi.



 ©Véronique Pouzard 
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samedi 4 février 2012

"Recoiffe moi le moral" avec le coiffeur Olivier Tran, parce que vous le valez bien

Depuis toujours, Olivier Tran a été attiré par le monde de la coiffure. Très tôt, il a créé son propre salon. Curieux de nature, à l’écoute de ses clients et  bon communiquant, il n’a cessé d’évoluer dans son métier pour devenir un coiffeur à la pointe de la techniquE. Formateur chez l’Oréal depuis six ans, il fait des shows en France et en Tunisie. Découvrons son parcours et ses conseils avisés concernant ce métier en pleine évolution.

Pouvez-vous vous présenter ?


Depuis mes seize ans, j’ai été attiré par le monde de la coiffure et de la mode, le travail de la matière. Installé depuis 18 ans dans le Pays de Montbéliard, j’ai ouvert mon premier salon de coiffure il y a douze ans place de l’Europe à Sainte-Suzanne et il y a cinq ans, place Dorian à Montbéliard.

Décrivez nous votre parcours ?

J’ai toujours éprouvé le besoin de me former en permanence pour être à la pointe des techniques utilisées. Puis, il y a six ans, l’Oréal qui avait sélectionné un pool de coiffeurs parisiens pour représenter la marque en France et à l’international, a décidé d’ouvrir son recrutement aux coiffeurs de province. J’ai été invité à faire une coupe sur scène pour une École de coiffure de l’Oréal dans le nord de la France et à l’issue du show, j'ai été intégré à l'équipe. Aujourd’hui, cette  équipe artistique compte 25 coiffeurs. Nous sommes formés par des stylistes à Londres et dans des académies professionnelles, pour pouvoir ensuite diffuser ces nouvelles techniques. Il y a quatre ans, lors du lancement de l’Oréal en Tunisie, j’ai été chargé de la formation des coiffeurs des stations balnéaires de Tunis et je leur apprenais les techniques de coiffure, à raison de deux salons par jour pendant trois semaines. Puis l’apothéose fut le show coiffure que j’ai fait au Salon Mondial de la Coiffure à Paris en 2000 et qui avait demandé cinq mois de préparation.

Comment évolue le métier de coiffeur ?

Le métier n’arrête pas d’évoluer, il n’a plus rien à voir avec les pratiques d’il y a quinze ans. Avant les clients venaient chez le coiffeur pour raccourcir leurs cheveux. Depuis la révolution qui s’est produite avec l’arrivée des techniques de coupe anglaises, utilisant la géométrie dans l’espace, le coiffeur a pu commencer à travailler sur la texture du cheveu et créer du volume. On utilise par exemple la technique des  tuteurs qui consiste à couper les petits cheveux intérieurs pour les faire remonter et soutenir ainsi les cheveux plus longs ou encore la technique du cycling qui consiste à faire glisser les ciseaux du haut du cheveu à la pointe pour le marquer sans le casser et alléger ainsi la coupe. L’idée, étant de texturer le cheveu mais de façon à ce que la cliente puisse se recoiffer facilement chez elle.

Comment vous adaptez-vous à l’évolution du marché ?

Le coiffeur est toujours un artisan qui transforme la matière, mais aujourd’hui il doit être aussi un bon communicant. Il faut qu’il amène un plus à son client. Nous avons reçu des formations en psychologie, sociologie et PNL, ce qui nous permet de mieux comprendre et cerner leurs besoins. C’est incontournable désormais, car leur attitude de consommation est différente, les clients aiment bouger et ne sont plus aussi fidèles qu'avant. Il faut aussi savoir se faire connaître, être un peu commercial, aller sur le terrain près de la clientèle, fréquenter les boîtes de nuit pour rencontrer les jeunes, participer à des soirées partenaires pour présenter des coupes, être présent à des compétitions de golf ou à des match de foot, rencontrer les leaders d’opinion dans tous les domaines.

Vous avez entièrement relooké votre salon en pleine crise, pourquoi ?

J’ai voulu aller à contre-pied de la crise en donnant un grand coup de pied dans la fourmilière et j’ai investi deux cent mille euros dans le relooking de mon salon, qui a rouvert en décembre 2011.
J’ai fait appel à Patrick Balzer, l'architecte du groupe Coopérative Artisan Coiffeur qui puise son inspiration à Londres, en Italie et est le spécialiste des relooking des salons. J’ai voulu créer un espace moderne, de  qualité et cocooning, pour que mes clientes se sentent comme dans leur appartement. Nous avons entièrement rénové le salon dans un style à la fois industriel et design avec un sol en imitation fer et du mobilier haut de gamme créé par l’éditeur Excel. Les consoles individuelles ont été moulées en aluminium puis polies à la main, les fauteuils sont rembourrés en crin de cheval, les sièges sont en imitation iguane. Dans la cabine privée, un mur a été créé avec le plancher en  métal d'un TGV. L’espace a été ouvert au maximum mais nous avons protégé la zone shampoing derrière un mur d’eau de deux mètres provenant d’Italie et installé une cabine privée. Quant à l'espace massage, il est modulable.

Quelle est votre stratégie pendant la crise ?

Aujourd’hui les salons de coiffure sont touchés par la concurrence de coiffeurs « low cost ». C’est bien qu’ils existent car ils rendent accessible la coiffure à tous, mais le service rendu n’est pas le même que celui que nous proposons. Mon équipe est compétente, son travail est de qualité et le salon pratique des prix raisonnables. Il faut compter environ soixante cinq euros pour une coupe, une couleur et un brushing. Ici les clientes ne recherchent pas un prix, ce qu’elles souhaitent c’est qu’on exécute exactement la coupe qu’elles désirent. Il faut savoir que quatre femmes sur dix se passent la tête sous l’eau quand elles rentrent de chez leur coiffeur et c’est ce que je m’attache à éviter.
Avec la crise, nous n’avons pas augmenté nos tarifs mais nous offrons de nouveaux services comme les conseils de maquillage d’Emma pour vingt huit euros la séance de quarante minutes, une cabine privative pour les mariées où les clientes peuvent s’isoler, une salle de massage du cuir chevelu selon la méthode de relaxation japonaise du Shiatshu qui est aménagée avec un fauteuil masseur à air comprimé pour dix euros les dix minutes.

Comment faites-vous pour être faire exactement la coupe que veut votre cliente ?

Tout est dans la psychologie. Il faut savoir décrypter les signes. La façon dont la cliente se comporte, sa façon de s’habiller, le détail de ses vêtements, sa démarche dans le salon, sont autant de pistes qui parlent de sa personnalité et qui permettent de mieux la cerner. Mais le dialogue reste un élément essentiel.

Quelles sont les dernières tendances concernant la coloration ?

Aujourd’hui les produits sont plus doux et moins agressifs, sans ammoniaque, les nouvelles colorations sont à base d’huile. Depuis deux ans, la grande tendance est la recherche d’une coloration naturelle pour 80% des femmes. Elles veulent un cheveu brillant et lumineux. Seules 20% veulent un look très branché et ce sont en majorité les 16 à 25 ans. Et il faut noter que trois femmes sur quatre font des couleurs dès l'âge de 13 ans et que très peu décident de garder leurs cheveux blancs.

Les hommes font-ils aussi des colorations ?

Oui, c’est devenu courant aujourd’hui. Environ 30% des hommes couvrent leurs cheveux blancs, mais par petites touches, ce qui fait très naturel et a un effet rajeunissant d'environ  cinq ans. De même, l’utilisation de produits capillaires adaptés leur permet de conserver leurs cheveux en moyenne  quatre ans de plus.

Quelle est la place de la coiffure dans le look d’une personne ? Est-ce si important ?

Oui, la coiffure c’est primordial. C’est comme porter un joli jean et une vilaine paire de chaussure. Nous savons bien que les chaussures sont plus importantes que le jean. C’est un code de société. De même pour la coiffure, elle est plus importante que les vêtements portés. Elle projette une forte image de soi. Vous remarquerez que c’est d’ailleurs la partie la plus importante d’un relooking. Sachez aussi que le cerveau voit la couleur avant la forme et à choisir, il vaut mieux avoir une belle couleur qu’une belle coupe.

Y a-t-il des pratiques qui vous choquent dans le monde de la coiffure ?

Oui. Pour être un bon coloriste et pouvoir manipuler des produits dangereux comme les produits éclaircissants ou de défrisage à 40 volumes ou 12% , un brevet professionnel et une solide expérience dans la coiffure d’au moins quatre ans sont nécessaires. Mais paradoxalement, ces mêmes produits, dangereux s’ils ne sont pas bien dosés, sont pourtant en vente libre et disponible au grand public dans les magasins spécialisés de coiffure. C’est une aberration et pourtant il y a eu déjà des cas où les produits de défrisage par exemple, ont attaqué le cuir chevelu des personnes qui les dosaient mal.

Que souhaitez-vous faire dans l’avenir ?

Je souhaite consacrer plus de temps à mon salon. Je suis très attaché à la région, j’ai une équipe de treize personnes et des clientes fidèles et c’est important pour moi car je fonctionne beaucoup à l’affectif. L’osmose qui règne ici me plait bien et je n’ai pas envie d’en changer. Ma femme, elle, s’occupe du salon de Montbéliard et moi de celui de Sainte-Suzanne. Quant à mon fils, Jules qui a quatorze ans, il veut déjà depuis six ans suivre mon exemple. Et ça, on verra, c’est un métier difficile, il se rendra bien compte qu’il faut être passionné et s’investir à fond.




En savoir plus ? Salon Olivier Tran, 5 place de l’Europe, 25630 Sainte-Suzanne. Tél 03.81.91.20.59. Et au 12 place Dorian 25200 Montbéliard Tel 03.81.93.60.94.  Ouvert tous les jours sauf le lundi de 9h à 19h et le jeudi jusqu’à 20h.

Lien facebook Olivier Tran Coiffeur

samedi 3 décembre 2011

Vincent Lacroix, peintre contemporain au regard aiguisé

Vincent Lacroix est un artiste peintre de talent. Ses œuvres qui se rattachent au courant courant « expressionniste » et « pop », ne laissent pas indifférent. Dérangeantes, leur expression est à fleur de peau. Après plusieurs salons, il est aujourd’hui exposé dans au musée de l'art Brut à La Palice, dans l'Allier.

Pouvez-vous expliquer votre parcours ?

Quand j’étais petit j’étais déchiré entre la peinture et les mathématiques. Mes professeurs poussaient mes parents à m’orienter vers une carrière scientifique, et moi je désirais entrer aux Beaux-arts. Finalement, je suis devenu ingénieur, tout en restant artiste peintre. C’est assez frustrant d’une part, mais mon travail en est influencé : rigueur de la construction géométrique, usage de techniques modernes comme les tablettes graphiques pour faire la préparation.

Quels sont vos points forts et vos points faibles ?

Concernant mes points forts, je dirais que je suis précis, rigoureux et organisé. Mon atelier ne ressemble pas à celui de Bacon où les tubes trainaient par terre, mais plutôt à celui de Mondrian (pas la moindre tâche), ou des peintres d’autrefois (qui allaient jusqu’à mettre de riches costumes pour peintre). Mon regard sur le monde est par ailleurs en perpétuelle transformation, et teinté d’une vigilance soupçonneuse : et j’ai tendance à douter systématiquement d’un discours, dès lors qu’il est trop largement répandu.

Quant à mes points faibles, je supporte mal incident et accident qui grippent la machine bien huilée mais fragile de mon organisation personnelle. Je me méfie des improvisations et je crains les surprises. Je suis incapable de faire un croquis à la volée, sur un coin de table, au milieu du tumulte qui m’entoure. Il me faut la solitude et le silence de mon atelier, mes outils et mes techniques, ainsi qu’une préparation psychologique.

Qu’aimez-vous et que détestez-vous ?

J’aime les graffitis colorés le long des voies de chemin de fer. Je déteste les expositions d’art conceptuel qui dégagent un intellectualisme desséché depuis déjà de longues années. J’aime les films de Frederico Fellini, les livres de Joseph Conrad.
Je déteste que dans les grandes villes, les gens se croisent en évitant de se regarder. J’adore la peinture de Phillips Wouwerman un peintre hollandais (1619-1668) aujourd’hui oublié (bien  que très présent au Louvre), J’aime ceux qui nous font rire de tout, y compris de ce qui n’estpas drôle au départ (Laurent Gerra par exemple)

Qu’est ce qui a influencé ta peinture ?

Quand j’avais 14 ans, j’étais comme tous les enfants fasciné par la bande dessinée sous toutes ses formes, et plus par exemple par l’univers baroque et futuriste de Philippe Druillet. Je l’ai rencontré un jour alors qu’il dédicaçait ses albums. Avec un simple feutre noir, il a fait surgir en quelque secondes devant moi un  personnage herculéen et visqueux qui hurlait de colère.
J’ai compris alors toute l’intensité que l’on pouvait insuffler à de simples lignes, et j’ai rêvé d’avoir comme lui ce pouvoir démiurgique.

Quelle vision du monde cherchez-vous à révéler à travers vos œuvres ?

Ma vision du monde est assez pessimiste. J’ai la sensation que l’humanité a atteint une certaine apogée mondialisée (pas forcément très brillante, mais une apogée tout de même), mais qu’une dégringolade menace, concernant notamment l’accès aux ressources. J’ai en outre la sensation que la laideur et l’uniformité gagnent du terrain et rongent notre univers comme une lèpre. Tout en travaillant sur ces thèmes dans mes tableaux, j’essaie malgré tout d’y apporter un peu de couleur, d’esthétique et d’humour.

Comment est née votre passion de la peinture ?

Je dessinais étant petit comme le font tous les enfants, mais en plus, je feuilletais souvent les livres d’art de la bibliothèque de mes parents (je me rappelle surtout de Dürer et de Velasquez). Par ailleurs, vers l’âge de 12 ans je regardais une émission à la Télé qui  s’appelait « Du tac au tac », dans laquelle des dessinateurs de BD travaillaient en groupe en se répondant « du tac au tac » justement. J’étais complètement scotché… Je me suis mis alors à copier des tableaux de maitre, et à créer mes propres bandes dessinées à la gouache. Petit à
petit je me suis dédié à la peinture.

Comment définissez-vous votre style ?

C’est une forme de peinture qui se rattache aux courants « expressionniste » et « pop ».
Expressionniste sur le fond, car l’expression transforme le désarroi intérieur du peintre dans un message existentiel et sociétal, assez corrosif, bien qu’une forme d’humour s’inscrive parfois dans l’œuvre finale. On retrouvera en cela une filiation avec des peintres issus de expressionnisme allemand des années 30 comme Otto Dix ou Georges Grosz.
Pop, par les couleurs, les volumes les lignes, qui tirent dans les arts populaires contemporains (bande dessinée, jeux vidéo, dessins animés en 3D, tags et graphs, playmobils et toy culture, etc.) un dynamisme et un éclat qui a disparu dans la production élitiste et  desséchée d’un grand nombre de zélotes de « l’art contemporain ». Mon travail se rapproche en cela de certaines figures du pop art et de la figuration narrative, en particulier Peter Saul, Robert Combas, Hervé di Rosa.

Quel est le message de vos œuvres ?

En opposition totale avec le courant actuel de l'art conceptuel ou de l'art abstrait, ma peinture cherche à répondre aux attentes esthétiques et éthiques qui sont restées souvent sans réponse depuis les années cinquante. Le sens esthétique naît surtout du plaisir sensuel, mais il s'enrichit aussi avec la signification et la narration. L'éthique est ce qui règle (ou devrait régler!) le sens de nos rapports aux autres et au monde. Éthique et esthétique se fécondent mutuellement : le Radeau de la Méduse ou Guernica offrent les plaisirs esthétiques des réussites picturales avec un impact amplifié par les messages qu’ils portent. Réciproquement,
ces derniers seraient sans retentissement sans le plaisir visuel qui les accompagne.

Quelle a été l'évolution de votre peinture ?

Ma peinture a toujours oscillé entre un réalisme, centré sur la vie urbaine, et une vision parodique de la vie moderne, influencée par les cartoons, les jeux vidéo et les dessins de presse. Plus le temps passe, et plus le monde réel m’attriste et me lasse, et je me tourne de plus en plus vers un univers allégorique et onirique.
J’ai abandonné la technique directe, d’un travail en pâte avec des résines acryliques, pour me tourner vers des démarches anciennes, des expressions plus fines et précises à l’aide de glacis à l’huile. La pureté cristalline d’une œuvre de Carpaccio étant pour moi plus émouvante que le brouillard coloré d’un Claude Monet.

L’objectif de votre travail est de réaliser des œuvres d’art qui font « sens ». Pouvez-vous préciser ?

L’objectif de mon travail est la réalisation d’œuvres d’art qui « font sens », et ce, dans trois acceptions du mot « sens » :
• un « sens » est d’abord un canal de perception (la vue, dans le cas la peinture), porte d’entrée d’un déplacement qui nous conduit du sensoriel jusqu’au sensuel pour aboutir ensuite à des représentations, des évocations et des émotions. Un retour de la peinture vers les valeurs fondamentales du plaisir visuel (harmonies des lignes, équilibre des formes, suggestion des volumes, musicalité des couleurs,
etc.) est donc le premier principe directeur de mon travail.
• Le mot « sens » désigne également la signification des choses : cette peinture assume pleinement l'expression d'un discours sur leur sens profond. Une marge d’ambiguïté subsiste cependant qui permet au spectateur de reconstruire sa propre interprétation voire une interprétation radicalement différente de celle du peintre.
• Le mot « sens » désigne enfin l’orientation spatiale, la direction (sens vertical, sens horizontal, sens giratoire). Ma peinture étant une figuration narrative, le sens de lecture de l'image, la direction des éléments représentés ont une grande importance dans la composition, à l'instar des codes utilisés dans la bande dessinée, dans la
peinture gothique, ou dans celle de la première Renaissance (par exemple dans le cycle de la légende de Sainte Ursule par Carpaccio, où l'ordre de succession des scènes donne le sens du récit).

Votre dernière œuvre, est le « Jeu de la 7ème coupe », quel est son sens ?

Le tableau s’appelle le « Jeu de la 7ème coupe ». La 7ème coupe est celle de l'Ange de l'Apocalypse (chapitre 16) qui déverse le tonnerre et le feu, la grêle et les séismes sur l’orgueilleuse Babylone. La ligne pourpre qui serpente au loin dans le paysage, est l'œuvre de la 3ème coupe, qui a changé l'eau des fleuves en sang. Cela dit, il s'agit d'une Babylone de plastique et d'un exterminateur d'opérette. De multiples interprétations sont possibles (chaos de la politique internationale, apocalypse environnementale, jusqu’à l’interprétation psychologique : notre "Babylone intérieure" et ses désirs souvent puérils). Le tableau est conçu afin que chacun y apporte son interprétation en la construisant sur les nombreux indices qui parsèment le tableau.

Le Jeu de la 7ème coupe
2011 - huile sur Alu Dibond 81 x 100 cm



En savoir plus ? suivez le fil Vincent Lacroix

vendredi 18 novembre 2011

Benoît Camus, un nouvelliste pas comme les autres

Découvrons Benoît Camus, un nouvel auteur humble et pourtant plein de talents. Il témoigne sur son parcours dans ce monde plutôt fermé de l'édition, dévoile son parcours atypique et explique comment il est arrivé à concilier  son métier et sa vie de famille puisqu'il est aussi père au foyer. Outres ses nouvelles publiées dans des ouvrages collectifs, un recueil de ses nouvelles sera disponible au deuxième trimestre 2012.

Pourquoi avoir choisi le métier d’écrivain ?

Tout petit, j'étais passionné par l'écriture. Mais comme il fallait avoir un travail qui permette de vivre, j'ai suivi comme beaucoup d'autres, des études scientifiques et je suis diplômé de l'École Nationale Supérieure de Génie Industriel de l'Institut National Polytechnique de Grenoble. Mais les quelques expériences en entreprise en tant qu’ingénieur que j'ai eu m'ont conforté dans mon idée de départ, j'étais vraiment fait pour l'écriture. Mon épouse, également ingénieur, l'a compris et elle m’a soutenu dans ma démarche littéraire en n'hésitant pas à  prendre en charge le foyer financièrement. Et c'est finalement naturellement, nous avons trouvé un équilibre qui nous satisfait tous les deux. Ainsi, je fais partie de la nouvelle génération de pères au foyer, qui s'occupent des enfants et des tâches ménagères, mais qui en contre partie peuvent exercer leur métier à la maison.

Votre nom a-t-il eu une influence sur votre choix ?

Mon nom est en effet, le même que celui d'Albert Camus, l'un des plus grands écrivains français. Je n'ai aucun lien avec lui si ce n'est l'admiration que je lui porte.  La peste et L'étranger sont évidemment pour moi, comme pour beaucoup de monde, des œuvres majeures. J'ai une tendresse particulière pour son dernier roman inachevé : Le premier homme. Je ne pense pas que mon nom ait eu une quelconque influence sur ma décision d'écrire ou alors c'est très inconsciemment. Albert Camus m'a sans doute donné le goût de la littérature mais tout autant que de très nombreux autres écrivains. 

Peut-on vivre du métier d'écrivain ? 

La contrainte est essentiellement financière. Il est très difficile de vivre de ce métier. Avec 10% en moyenne de droit d’auteur sur le prix du livre vendu, il faut en vendre énormément pour espérer en vivre. D'autant plus que si on publie en collectif, les droits se partagent alors entre tous les auteurs. De toutes les façons, au niveau d'édition auquel je suis actuellement, on ne gagne pour ainsi dire rien ! Les auteurs ont très souvent, d'ailleurs, un autre métier ou d’autres activités en complément.

Est-ce difficile de se faire éditer aujourd'hui et comment vous y êtes vous pris  ?

Il y a beaucoup de candidats et peu d’élus. Quand on ne connaît personne dans le milieu, il est difficile de se faire une place et d’ouvrir les portes des maisons d'édition.  Les appels à textes lancés par les petits éditeurs permettent de les entrebâiller. Si le texte envoyé intéresse l’éditeur, il le retient pour édition et peut avoir envie d'en éditer d'autres. Mais il faut se tenir informé, être à l'affût de ce type de propositions.
Tous les mois environ, je participe aussi à des concours de nouvelles. C’est un moyen pour moi de diffuser mes textes et d’être lu et de rencontrer des passionnés de la littérature. Et parfois les prix récoltés sont intéressants. Mais, une fois édité, il faut encore vendre ses créations. Et ce n'est pas simple. Les petits éditeurs n'ont pas de gros moyens et ils doivent se démener pour faire connaître leurs livres. Certains axent leur politique de communication sur internet et, pour des raisons économiques, privilégient la vente, via leur site. Ensuite, en fonction de l’impact de nos écrits, des éditeurs plus importants peuvent se montrer intéressés... Les petits éditeurs se chargent ainsi du travail de découverte et de défrichage, puis les éditeurs plus importants font leur marché.


Qu’aimez vous et que détestez-vous ?

J’aime apprendre et découvrir, j’ai un esprit curieux. Pour cette raison, c'est avec beaucoup d'intérêt que je suis venu à Montbéliard, car je ne connaissais pas la Franche-Comté. Depuis que je suis ici, je sillonne la région à pied et je ne suis pas déçu ! En littérature, c'est pareil ! J'aime bien dénicher des livres originaux, des auteurs qui sortent des sentiers battus. Internet permet de belles découvertes !
Ce que je n'aime pas : les idées toutes faites, les préjugés... Les « m’a tu vu », tous ceux qui pensent détenir la « vérité » et qui s'empressent de l'asséner aux autres me cassent les pieds ! 

Quels sont vos points forts et vos points faibles ? 

Je suis opiniâtre et tenace, le travail ne me fait pas peur. Je reviens sans cesse sur mes textes afin de les améliorer, et j'y prends  un plaisir certain. J'ai ainsi des textes que je revois et corrige depuis plusieurs années. D'autant qu'aujourd’hui, je n’écris plus comme il y a dix ans.
Mes faiblesses viennent essentiellement du fait que je suis d'une nature plutôt réservée. Me faire connaître, communiquer, n'est pas naturel, pour moi. Je dois me forcer et dans cet exercice, je ne suis pas à l'aise. En bref, je ne sais pas me vendre ! Impossible pour moi de forcer les portes... Je m'abrite derrière mes textes et espère qu'ils convaincront à ma place !


Quels sont vos auteurs préférés  et  vos livres favoris ?

Je n'ai pas vraiment d'auteurs de prédilection, ni de livre de chevet. Comme je le disais plus haut, je suis ouvert à tout et avide de découverte. Je peux quand même citer Cervantès et son Don quichotte, Le voyage au bout de la nuit, Faulkner... S'agissant des contemporains, j'apprécie particulièrement des auteurs comme Murakami, Saramago, Coe pour ses descriptions au vitriol de la société... et bien d'autres...

Quelle complicité souhaitez-vous établir avec le lecteur ? 

Tout dépend de ce que j'écris, du thème que j'aborde. Comme j'écris essentiellement des nouvelles, il peut y avoir une grande diversité entre elles. L'exercice me permet d'aborder des sujets différents, et d'adapter en fonction le style de mon écriture et le ton général de la nouvelle.
Je dirais que j'ai trois inclinations. La première me fait traiter de sujets graves, pour lesquels  je privilégie une certaine sobriété, une concision et une précision qui me permettent d'aller là  où ça fait mal, en évitant tout pathos. La deuxième est satirique. Je peux alors me laisser gagner par une certaine verve, une profusion langagière que j'espère jouissive et que je tâche de rendre jubilatoire. La troisième lorgne du côté de l'étrange ou vers des situations décalées. Je m'efforce d'instaurer une atmosphère, parfois un malaise, avec un minimum de moyens.
Dans tous les cas, je tente d'embarquer le lecteur avec moi, de l'intéresser, de le titiller ou de le déstabiliser. J'aime surprendre et cela tombe bien, parce que le format des nouvelles s'y prête tout à fait !

Vers quelle forme littéraire souhaitez-vous vous orienter ?

Je vais continuer à écrire des nouvelles. J'apprécie cette forme littéraire, qui requiert beaucoup de rigueur et d'efficacité. Raconter une histoire en peu de mots, avec ceux qui s'y prêteront le mieux... J'aime l'effet de saisissement que permet cette forme.
Je songe aussi, et de plus en plus, à l'écriture d'un roman... mais c'est une autre histoire...


Quels sont les nouvelles que vous avez publiées ?

Celles que l'on peut trouver le plus facilement sont :

Que souhaiteriez-vous pour les cinq années à venir ?

Continuer à écrire et... publier...
En mai 2012, sortira, si tout se passe comme prévu, un recueil d'une quinzaine de mes nouvelles. J'en suis actuellement à la phase de relecture et de corrections. C'est une étape importante pour moi, le premier recueil édité sous mon seul nom.
Est prévue également la publication d'un autre de mes textes au sein d'une nouvelle anthologie.
J'espère continuer sur cette lancée et à plus long terme, peut-être, éditer un roman...